Pendant longtemps, l’équation semblait simple : un camion électrique coûtait à l’achat beaucoup plus cher qu’un camion diesel. Pour de nombreux acteurs de la collecte des déchets, cette réalité suffisait à écarter l’électrique.
Pourtant, cette lecture ne reflète pas la réalité économique du marché.
La vraie question n’est pas de savoir combien coûte un véhicule à l’achat, mais combien il coûtera pendant toute sa durée d’exploitation. Autrement dit : quel est son coût total de possession (Total Cost of Ownership – TCO).
Et sur ce terrain, certaines bennes à ordures ménagères (BOM) électriques sont désormais capables de faire mieux que leurs équivalents diesel.
Le coût d'acquisition ne raconte qu'une partie de l'histoire
Oui, un camion électrique représente toujours un investissement initial supérieur. Cependant, cet achat est désormais bien accompagné financièrement par le dispositif des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), qui permet d’alléger significativement le coût d’acquisition.
Mais le prix d’achat ne constitue qu’une composante du coût réel d’un véhicule. Sur huit ou dix ans d’exploitation, d’autres postes pèsent tout autant, voire davantage :
- le coût de l’énergie ;
- les dépenses de maintenance ;
- les aides publiques ;
- la disponibilité des véhicules ;
- les coûts d’exploitation quotidiens.
C’est précisément cette approche globale que mesure le TCO.
Pour les exploitants, c’est cet indicateur qui permet de comparer objectivement les différentes motorisations.
Toutes les flottes ne présentent pas le même potentiel
Contrairement à une idée largement répandue, il n’existe pas une rentabilité unique de l’électrique. Le facteur déterminant est avant tout l’intensité d’utilisation du véhicule. Une benne qui parcourt environ 30 000 kilomètres par an n’a pas la même structure de coûts qu’un véhicule roulant deux fois moins. Cette différence change complètement l’équation économique.
D’après nos modélisations financières basées sur une exploitation en double poste (environ 30 000 km/an), le TCO d’une benne électrique s’établit à 1,66 €/km (subventions intégrées), contre 1,97 €/km pour un véhicule diesel équivalent. Cela représente une réduction directe de 19 % des coûts globaux au kilomètre, démontrant que l’intensification de l’usage est le véritable moteur de la rentabilité.
À l’inverse, une exploitation limitée à environ 15 000 kilomètres par an (en simple poste) conserve aujourd’hui un surcoût par rapport au diesel (+11 %).
D’un point de vue économique, la pertinence de l’électrification n’est à date pas universelle : elle doit être pensée en fonction des usages.
Pourquoi les véhicules intensivement exploités deviennent-ils plus rentables ?
Plus un véhicule roule, plus ses coûts énergétiques prennent de l’importance dans son coût global.
Or c’est précisément sur ce poste que l’électrique bénéficie d’un avantage structurel.
Le moteur électrique affiche un rendement énergétique nettement supérieur à celui d’un moteur thermique. À cela s’ajoutent :
- un coût du kWh généralement plus stable que celui du gazole &
- une maintenance simplifiée grâce à un nombre réduit de pièces d’usure.
Plus le kilométrage annuel augmente, plus ces économies compensent rapidement le surcoût d’acquisition.
Le véhicule devient alors non seulement plus vertueux sur le plan environnemental, mais également plus compétitif économiquement.
L'énergie devient un levier stratégique
Le coût de l’énergie constitue désormais l’un des principaux facteurs de compétitivité des flottes.
Le diesel reste soumis à une forte volatilité liée aux marchés internationaux et aux tensions géopolitiques. À l’inverse, l’électricité s’appuie sur la souveraineté et la production locale d’énergie, offrant ainsi une bien meilleure prévisibilité des coûts sur le long terme.
À l’inverse, l’électricité offre davantage de prévisibilité, notamment lorsqu’elle est pilotée intelligemment.
Grâce aux systèmes de gestion énergétique (Energy Management System), les exploitants peuvent programmer les recharges durant les périodes où l’électricité est la moins chère, en profitant notamment :
- des pics de production solaire en journée ;
- des périodes creuses durant les week-ends ;
- des moments où les prix du marché de gros deviennent particulièrement favorables.
Ce pilotage énergétique intelligent permet de réduire significativement le coût réel de l’énergie tout en limitant les appels de puissance inutiles.
Pour les flottes de collecte, dont les horaires sont relativement prévisibles, ces optimisations constituent un avantage particulièrement important.
Une infrastructure de recharge performante est indispensable
L’équation économique ne repose pas uniquement sur le véhicule.
Une infrastructure de recharge mal dimensionnée peut rapidement faire disparaître les gains attendus.
Des temps de recharge trop longs, une disponibilité insuffisante ou une puissance limitée entraînent des retards, désorganisent les tournées et immobilisent des véhicules pourtant coûteux.
Dans des activités aussi critiques que la collecte des déchets, la recharge devient un maillon essentiel de la continuité d’exploitation.
C’est pourquoi les infrastructures haute puissance en courant continu (DC), capables de délivrer leur puissance nominale sur la durée et de distribuer intelligemment l’énergie pour une flotte de véhicules , constituent aujourd’hui la solution privilégiée pour les exploitations intensives.
La rentabilité d’une flotte électrique dépend autant de la qualité de sa recharge que de la performance des véhicules eux-mêmes.
Les collectivités accélèrent la transition
L’analyse économique ne peut plus être dissociée de l’évolution du marché.
Les appels d’offres publics intègrent désormais de plus en plus souvent des critères environnementaux exigeants.
Parallèlement, les principaux acteurs européens de la collecte des déchets accélèrent l’électrification de leurs flottes afin de réduire leurs émissions de CO₂ et de répondre aux attentes des collectivités.
Dans ce contexte, investir dans une flotte électrique ne relève plus uniquement d’une démarche environnementale : il s’agit également d’un choix stratégique permettant d’anticiper les futures exigences des donneurs d’ordre.
La bonne question n'est plus "faut-il électrifier ?", mais "quels véhicules électrifier ?"
L’époque où l’on comparait simplement le prix d’achat d’un camion diesel à celui d’un camion électrique est révolue.
La véritable question consiste désormais à identifier les segments de flotte pour lesquels l’électrification génère un avantage économique durable.
Les bennes à ordures ménagères exploitées intensivement figurent aujourd’hui parmi les cas d’usage les plus favorables.
À condition de disposer d’une infrastructure de recharge adaptée et d’une stratégie énergétique optimisée, elles démontrent que performance opérationnelle, maîtrise des coûts et réduction des émissions peuvent désormais aller de pair.
L’électrification des flottes de collecte n’est plus seulement un objectif environnemental : elle devient progressivement un levier de compétitivité.